De quoi le vide est-il plein ?

De l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge, on s’est furieusement bagarré à propos de l’existence du vide, jusqu’à aboutir à la fameuse formule de Roger Bacon : « La nature a horreur du vide ». Prise trop au sérieux, cette phrase a même conduit à envisager l’horreur du vide comme une véritable force capable d’agir sur les objets : ainsi, au Moyen Âge, on croyait – à tort – que l’eau, comme tous les autres corps, se contracte quand elle devient solide, autrement dit que la glace occupe moins de volume que l’eau liquide on interprétait donc le fait qu’une bouteille d’eau se casse sous l’effet du gèle en disant que la nature préfère briser la bouteille plutôt que de laisser du vide se former à l’intérieur… Pour résumer cette conception du vide, Gaston Bachelard avait trouvé une jolie formule : « le vide est un facteur d’anéantissement apportant dans toute substance la contagion de son néant »

De nos jours, on définit plutôt le vide comme étant ce qui reste dans un récipient après qu’on en tout extrait. Cette définition est toutefois problématique. Pourquoi ? Parce que si le vide existe, c’est qu’il n’est pas rien, c’est qu’il est quelque chose de particulier, mais curieusement, ce “ quelque chose de particulier ” qu’il est ne doit pas être enlevé quand on fait le vide sous peine de faire du vide en question un pur néant qu’il ne peut pas être puisqu’on vient de dire qu’il était quelque chose… En clair, pour faire le vide, il faut tout enlever, absolument tout, sauf le vide…

D’où la question : que doit-on inclure dans ce « tout » qu’on enlève ? Doit-on considérer, par exemple, que l’espace ne fait pas partie du vide et qu’on peut donc l’enlever ? Ou bien doit-on considérer que l’espace est un élément du vide ? Descartes faisait remarquer que nous qualifions de vide une cruche qui contient de l’air sous prétexte qu’elle est faite pour contenir de l’eau et non de l’air. Nous la disons vide alors même qu’elle n’est pas vide puisqu’elle contient de l’air…

On voit par là que pour dire ce qu’est le « vide », il faut pouvoir définir ce que l’on enlève. Je peux (en principe) encore ôter l’air que contient la cruche, laissant subsister cette dernière en tant que contenant. Si j’enlève la cruche, il subsiste encore un lieu, un espace. Où dois-je m’arrêter ? Où se termine la panoplie des objets que je dois ôter pour réaliser le vide ?

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