Un chat, co-auteur d’une publication scientifique

Dans le monde de la physique, le nom de FDC Willard suscite autant de respect que de sarcasme. Il est souvent cité comme co-auteur, en bas de page d’un document sur la physique des basses températures et l’unique auteur d’un article publié dans une revue scientifique française « La Recherche ».

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L’histoire de l’arrivée de Willard dans le monde de la physique des basses températures débute en 1975 lorsque le professeur Jack H. Hetherington, demande à son collègue de l’Université de l’État du Michigan de lire son papier intitulé « Two, Three, and Four Atom Exchange Effects in bcc He3 » .

Après avoir lu ce document, le collègue de Hetherington lui fait remarquer qu’il a commis une erreur ridicule: à travers son article, il utilise souvent les mots «nous» et «notre» hors la « Physical Review Letters », a une règle très stricte, un auteur seul, ne doit jamais utiliser la première personne du pluriel.

Dans les années 1970, on utilisait la machine à écrire, et Hetherington qui avait déjà passé trop de temps à la rédaction de ce document, voulait à tout prix réparer sa bêtise sans perdre une minute de plus. C’est alors qu’il décide de faire de son animal de compagnie, un chat siamois, nommé Chester, le co-auteur du si précieux papier.

Pour donner un peu plus de crédibilité à son ami à quatre pattes, Hetherington stylise le nom de Chester pour en faire un « Felis domesticus Chester » au nom de famille de « Willard » ce qui donnera « FDC Willard ».

La ruse de Hetherington est une vraie réussite et quelques mois plus tard, le 24 novembre paraît dans la 35e édition du « Physical Review Letters », son article « Two, Three, and Four Atom Exchange Effects in bcc He3 » co-écrit par JH Hetherington et son collègue, FDC Willard.

Le mystérieux FDC Willard fait son apparition publique, le jour où un visiteur à l’université, s’agace de ne jamais pouvoir parler avec Willard. C’est à cet instant que Hetherington sort le chat de son sac et tout le monde se met à rire.

 

La signature de FDC Willard

Hetherington envoie plusieurs copies du document avec comme signature de Chester, une empreinte de sa patte. En 1978, l’un de ces exemplaires finit aux mains des physiciens de Grenoble qui prévoyaient d’inviter le professeur Willard à la « 15e Conférence internationale sur la physique des basses températures ». En voyant la copie du document avec comme signature celle du chat, le groupe en charge de composer la liste des invités, décide que ni Willard ni Hetherington ne seront invités cette année.

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L’histoire devient encore plus polémique, car on apprend que la femme de Hetherington partage son lit non seulement avec son mari, mais également avec FDC Willard et parfois les deux en même temps …

 

La carrière de FDC Willard

Malgré ses problèmes de relations publiques, FDC Willard poursuit sa « carrière » au sein de l’université, notamment en faisant acte de présence, lors des nombreux débats sur la physique. Ses collègues le décrivent comme « utile » pour les relations privées et officielles.

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Les contributions de Willard pour la science ne s’arrêtent pas là et ses pairs le mentionnent dans d’autres domaines, comme dans « Organic Chemistry: The Name Game », où ils déclarent: « Bien que son avenir en physique soit incertain, nous aimons son style et espérons vivement qu’il obtienne sa place. »

Ce ne fut pas la fin de sa carrière universitaire, car en 1980, Willard écrit « L’hélium 3 solide, un antiferromagnétique nucléaire » un article en français pour le magazine « La recherche ».
En réalité, ce document est écrit par un collectif de chercheurs français et américains, y compris Hetherington, mais comme ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur certains éléments, Hetherington suggère de mettre FDC Willard comme l’unique auteur d’un rapport où personne ne souhaite voir apparaître son nom.

Malheureusement, FDC Willard décéde en 1982 à l’âge de 14 ans, mais il laisse une trace indélébile dans le monde de la science où son nom est cité comme le co-auteur de publications scientifiques qui font encore foi aujourd’hui

Pour finir et pour honorer la mémoire de FDC Willard l’American Physical Society a annoncé le 1er avril 2014 que tous les documents rédigés par les chats seraient en accès libre pour le public.

 

David TELLIER

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