DOSSIER VIVANT Non résolu 1 mise à jour Dernière évolution : 09/09/2026
Mises à jour du dossier
Une controverse sur l’antériorité, les données Codex et le crédit scientifique s’installe autour de la preuve d’OpenAI
Un nouveau développement substantiel s’est ouvert autour de la solution de Navier-Stokes revendiquée par OpenAI : la question n’est plus seulement de savoir si la démonstration résistera à l’examen mathématique, mais aussi comment l’idée, les données de travail et le crédit scientifique doivent être attribués dans une recherche désormais menée avec des systèmes d’IA.
Le mathématicien Tristan Buckmaster, professeur à NYU, a publié une déclaration détaillée dans laquelle il explique avoir travaillé avec Levent Alpöge, chercheur chez Anthropic, pendant de nombreux mois sur une famille d’approches apparentées, à partir de travaux antérieurs de Diego Córdoba et Luis Martínez-Zoroa. Buckmaster précise que leur équipe a utilisé plusieurs modèles, notamment Claude et Codex, et que leurs brouillons de travail avaient transité par des sessions Codex.
Selon son récit, après avoir appris qu’OpenAI travaillait soudainement sur la voie des équations forcées, Buckmaster a demandé si le modèle interne avait été entraîné sur, ou avait eu accès à, leurs sessions Codex. Il affirme avoir reçu l’assurance que le système n’avait pas consulté directement les données utilisateur, mais dit ne pas avoir obtenu de réponse claire sur la question de l’entraînement. Point essentiel : Buckmaster écrit lui-même qu’il ne sait pas si leurs données ont été utilisées et qu’il n’accuse personne d’avoir effectivement détourné leur travail.
OpenAI conteste toute utilisation ciblée de leurs recherches. Dans son texte officiel du 8 septembre, l’entreprise affirme que ni ses chercheurs ni ses agents n’ont vu le travail de Buckmaster et Alpöge avant sa publication publique et qu’aucune donnée utilisateur spécifique n’a été consultée pour résoudre le problème. OpenAI ajoute toutefois qu’elle ne peut pas exclure qu’une donnée désidentifiée issue de l’usage de ses produits ait, de manière indirecte, contribué à améliorer ses modèles. Cette nuance maintient ouverte une question de gouvernance des données sans constituer une preuve d’appropriation.
La controverse concerne également le crédit scientifique. Buckmaster rapporte que, lors d’échanges avec Sébastien Bubeck d’OpenAI, deux propositions de calendrier de publication lui auraient été faites et que Bubeck aurait demandé à deux reprises que Levent Alpöge ne figure pas comme auteur d’une éventuelle présentation commune du résultat Navier-Stokes, en raison de son emploi chez Anthropic. Ce récit est contesté par OpenAI et Bubeck. Le Financial Times présente désormais cette bataille d’antériorité et d’attribution comme un élément central de l’affaire.
Le niveau de preuve doit rester strictement séparé. L’existence de la controverse est ÉTAYÉE par la déclaration primaire de Buckmaster, par la réponse publique d’OpenAI et par plusieurs enquêtes de presse. En revanche, il est NON ÉTABLI qu’OpenAI ait effectivement utilisé les brouillons privés, les sessions Codex ou des données non publiées de Buckmaster et Alpöge pour guider la recherche de ses agents.
Un autre élément ne change pas : le Clay Mathematics Institute continue de classer publiquement Navier-Stokes parmi les problèmes non résolus. La proposition d’OpenAI doit donc toujours être décrite comme une solution revendiquée, accompagnée d’une formalisation Lean, mais en attente d’une évaluation indépendante et d’une reconnaissance mathématique durable.
Verdict Fractales : le cœur du dossier ne bascule pas. Le résultat reste potentiellement historique, mais doit encore être validé indépendamment. En revanche, une nouvelle couche devient incontournable : à mesure que les IA entrent dans la recherche scientifique de pointe, la question de l’origine des idées, des données ayant nourri les modèles et du partage du crédit entre humains, laboratoires et systèmes IA devient elle-même un enjeu scientifique majeur.
- Tristan Buckmaster, du00e9claration publique du 8 septembre 2026 : chronologie de ses travaux avec Levent Alpu00f6ge, usage de Codex et Claude, u00e9changes avec OpenAI et ru00e9serves explicites sur ce quu2019il ne peut pas u00e9tablir
- OpenAI, 8 septembre 2026 : annonce officielle de la preuve, section Concurrent work et position sur lu2019absence du2019accu00e8s ciblu00e9 aux donnu00e9es utilisateur
- Financial Times, 9 septembre 2026 : controverse sur lu2019antu00e9rioritu00e9, lu2019approche concurrente, le cru00e9dit scientifique et les u00e9changes entre Buckmaster, Alpu00f6ge et OpenAI
- Clay Mathematics Institute, consultu00e9 le 9 septembre 2026 : Navier-Stokes figure toujours parmi les Millennium Prize Problems non ru00e9solus
OpenAI affirme avoir franchi l’un des Graals des mathématiques
L’annonce est datée du 8 septembre 2026.
OpenAI publie un article de recherche intitulé On the Navier-Stokes Millennium Prize Problem, accompagné d’un manuscrit mathématique de 166 pages et d’un dépôt Lean destiné à permettre une vérification formelle par ordinateur.
L’entreprise ne présente pas son résultat comme une simple piste.
Elle affirme que son système a établi une singularité en temps fini pour les équations tridimensionnelles incompressibles de Navier-Stokes, ce qui correspond selon elle aux variantes C et D de l’énoncé officiel du Clay Mathematics Institute.
Si cette démonstration résiste à l’examen indépendant, il ne s’agirait pas seulement d’une victoire symbolique pour l’IA.
Ce serait la résolution du deuxième des sept problèmes du Millénaire après la conjecture de Poincaré.

Qu’est-ce que le problème de Navier-Stokes ?
Les équations de Navier-Stokes décrivent comment un fluide se déplace.
Un fluide peut être de l’eau, de l’air, du sang ou presque tout milieu continu capable de s’écouler.
Ces équations sont utilisées en aéronautique, en météorologie, dans l’étude des océans, en ingénierie et en biomécanique.
Le problème n’est pas que les équations soient inutilisables.
Nous savons les utiliser depuis longtemps.
La question profonde est différente : lorsqu’on part d’un mouvement parfaitement régulier en trois dimensions, les équations garantissent-elles que ce mouvement restera toujours mathématiquement bien comporté ?
Ou peuvent-elles produire, en un temps fini, une singularité, c’est-à-dire un point où la vitesse devient sans limite dans le modèle ?
Dans un fluide réel, une vitesse infinie n’existe évidemment pas.
Une telle singularité montrerait plutôt que la description continue du fluide atteint une limite mathématique fondamentale.
Un vortex qui se contracte, s’allonge et accélère jusqu’à la singularité
La construction proposée par OpenAI part d’un fluide initialement au repos.
Une force externe lisse lui est appliquée.
Le système construit alors un vortex qui spirale vers son axe, s’étire verticalement et se concentre de plus en plus dans une région minuscule.
À mesure que cette zone centrale se contracte, certaines vitesses augmentent sans borne tandis que l’énergie cinétique totale reste finie.
C’est un point essentiel.
Le résultat ne consiste pas à injecter artificiellement une force infinie pour faire exploser l’équation.
Au contraire, la difficulté mathématique est de faire en sorte que les termes devenant très grands dans l’équation se compensent assez précisément pour que la force extérieure, elle, demeure parfaitement lisse.
Le manuscrit affirme ainsi établir l’alternative C de l’énoncé officiel sur l’espace tridimensionnel, ainsi que l’alternative D dans le cas périodique.
Oui, il y a une force externe, et non, ce n’est pas forcément un contournement du problème
C’est probablement le point qui va provoquer le plus de confusion dans les prochains jours.
La preuve d’OpenAI utilise une force externe lisse.
Certains résumés rapides pourraient donc donner l’impression que l’entreprise n’a pas réellement traité le problème classique.
Mais l’énoncé officiel rédigé par Charles Fefferman pour le Clay Mathematics Institute autorise explicitement quatre voies de résolution.
Les options A et B demandent de prouver que les solutions restent lisses sans force externe.
Les options C et D demandent au contraire de construire un contre-exemple avec une force lisse respectant des conditions très précises.
OpenAI dit avoir établi C et D.
Autrement dit, si la preuve est correcte, l’usage d’une force lisse n’est pas une échappatoire inventée après coup : cette possibilité fait partie de l’énoncé officiel du problème du Millénaire.

10 000 agents, 88 heures et un modèle plus puissant qu’Astra
C’est peut-être l’aspect le plus vertigineux de l’annonce.
OpenAI explique entraîner depuis le 28 août un nouveau modèle interne dont les performances en mathématiques auraient franchi un palier inédit.
Ce modèle est encore en entraînement et n’est pas disponible publiquement.
OpenAI le décrit comme « significativement plus capable que GPT-6 Astra ».
Le 1er septembre, après avoir entendu des rumeurs selon lesquelles deux problèmes du Millénaire auraient pu être résolus, l’entreprise lance plusieurs groupes d’agents sur l’ensemble des problèmes encore ouverts.
Pour Navier-Stokes, le groupe final mobilise de l’ordre de 10 000 agents simultanés.
Les agents peuvent lire une copie mise en cache d’Internet, exécuter du code et communiquer par groupes.
OpenAI affirme qu’ils atteignent la construction décisive le 5 septembre, environ 88 heures après le lancement.
La formalisation et la vérification Lean prennent ensuite 17 heures supplémentaires avec GPT-6 Astra.
Pour le seul problème de Navier-Stokes, OpenAI comptabilise 2,7 millions de messages entre agents et environ 130 milliards de tokens de sortie.
Pourquoi la formalisation informatique change beaucoup de choses
Une preuve mathématique traditionnelle est lue et vérifiée par des humains.
Une formalisation Lean ajoute un second niveau.
Lean est un assistant de preuve dans lequel chaque définition, chaque hypothèse et chaque transition logique doit être exprimée sous une forme que le système peut contrôler.
Cela ne signifie pas que toute discussion est terminée.
Une formalisation peut être techniquement correcte tout en posant des questions sur la manière dont le théorème formalisé correspond exactement au problème que la communauté souhaite résoudre.
Mais cela réduit considérablement une catégorie de risque : l’erreur logique cachée au milieu de centaines de pages de calcul.
Dans ce dossier, OpenAI publie à la fois le texte mathématique et les certificats Lean sur GitHub.
C’est une différence majeure avec une simple annonce spectaculaire impossible à auditer.
Une course avec Buckmaster et Alpöge vient brouiller l’annonce
Le contexte est beaucoup moins propre que l’image d’une IA découvrant seule un théorème dans le silence d’un laboratoire.
OpenAI reconnaît que son effort a démarré le 1er septembre après une rumeur qu’elle a ensuite reliée aux travaux de Tristan Buckmaster, professeur à NYU, et de Levent Alpöge, chercheur chez Anthropic.
Les deux mathématiciens travaillaient sur des problèmes proches concernant la formation de singularités dans les équations de fluides.
Buckmaster a publiquement contesté le calendrier et s’est interrogé sur la possibilité que leur utilisation de Codex ait pu contribuer indirectement à orienter OpenAI.
OpenAI répond qu’aucune donnée utilisateur spécifique n’a été consultée pour résoudre le problème et affirme que ses chercheurs et ses agents n’ont vu le travail de Buckmaster et Alpöge qu’après sa publication publique.
Mais l’entreprise ajoute une phrase inhabituelle : elle ne peut pas exclure totalement que des données désidentifiées issues de l’usage de ses produits aient contribué à améliorer ses modèles.
Cette polémique ne tranche pas la validité mathématique de la preuve.
Elle ouvre cependant un autre dossier : à qui revient le crédit scientifique quand une idée humaine, des outils commerciaux et des milliers d’agents IA se croisent dans une course de quelques jours ?

Pourquoi le Clay Mathematics Institute classe toujours le problème comme non résolu
Au matin du 9 septembre 2026, le site du Clay Mathematics Institute place encore Navier-Stokes dans la liste des problèmes non résolus.
Ce n’est pas contradictoire avec l’existence d’une preuve publiée la veille.
Les règles du prix imposent un processus très long.
Le Clay n’accepte pas directement les solutions envoyées par leurs auteurs.
Pour qu’une proposition soit prise en considération, elle doit notamment être publiée dans un support qualifiant, avoir circulé pendant au moins deux ans et avoir reçu une acceptation générale de la communauté mathématique internationale.
OpenAI précise de son côté qu’elle n’a pas l’intention de réclamer le prix d’un million de dollars.
La bonne formulation, aujourd’hui, n’est donc pas encore : « Navier-Stokes est officiellement résolu ».
La formulation rigoureuse est : OpenAI a publié une solution revendiquée, accompagnée d’une formalisation Lean, à une variante explicitement reconnue par l’énoncé officiel du problème.

Le sujet dépasse largement Navier-Stokes
Même si la preuve devait être corrigée, affinée ou finalement rejetée, l’épisode marque déjà un changement d’échelle.
Nous ne parlons plus seulement d’une IA capable d’aider un mathématicien sur une étape difficile.
Nous parlons d’un système lançant des milliers d’agents, explorant des branches différentes, échangeant des résultats intermédiaires, consolidant des idées et produisant en quelques jours un manuscrit de niveau recherche sur l’un des problèmes les plus célèbres des mathématiques modernes.
Si la démonstration est validée, la question suivante deviendra presque inévitable : combien d’autres problèmes considérés comme hors de portée deviennent soudain attaquables par ce type de dispositif ?
Et avec elle apparaît une seconde question, plus dérangeante encore.
Que se passe-t-il lorsqu’un modèle interne déjà très supérieur au meilleur modèle public progresse plus vite que notre capacité collective à examiner les découvertes qu’il produit ?
Sources principales et documentation
- OpenAI, 8 septembre 2026 : annonce officielle, résultat, méthode multi-agents, chronologie et position sur le prix
- OpenAI : manuscrit FINITE TIME BLOWUP FOR NAVIER-STOKES, 166 pages
- OpenAI GitHub : certificats Lean accompagnant les résultats Navier-Stokes et Euler
- Clay Mathematics Institute : page officielle du problème de Navier-Stokes
- Charles L. Fefferman / Clay Mathematics Institute : formulation officielle des alternatives A, B, C et D
- Clay Mathematics Institute : règles de reconnaissance d’une solution au prix du Millénaire
- Nature, 8 septembre 2026 : première analyse indépendante de l’annonce d’OpenAI
- Le Monde, 9 septembre 2026 : réactions de mathématiciens et contexte de la compétition scientifique
- The Verge, 8 septembre 2026 : controverse autour de Buckmaster, Alpöge et du calendrier d’OpenAI



