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LA DAME DE COVA DONES : 120 INSCRIPTIONS ET UN CULTE MYSTÉRIEUX À 200 MÈTRES SOUS TERRE

À plus de 200 mètres à l’intérieur de Cova Dones, près de Millares dans la région de Valence, les archéologues ont documenté au moins 120 inscriptions latines, principalement datées des Ier et IIe siècles de notre ère. Cinq sont des dédicaces à une divinité appelée avec respect Domina,…

LA DAME DE COVA DONES : 120 INSCRIPTIONS ET UN CULTE MYSTÉRIEUX À 200 MÈTRES SOUS TERRE
01
AU-DELÀ DE LA LUMIÈRE DU JOUR

Pour atteindre le sanctuaire, il faut s’enfoncer à plus de 200 mètres dans la grotte

Le sanctuaire de Cova Dones n’est pas installé à l’entrée de la cavité.

Il faut pénétrer profondément sous terre.

Les inscriptions se concentrent dans une salle précise que l’équipe appelle désormais le « sanctuaire romain », située à plus de 200 mètres de l’entrée et identifiée comme telle à partir des campagnes récentes.

Sur les murs et les plafonds, des visiteurs de l’époque romaine ont laissé leurs noms, leurs dédicaces et leurs invocations.

En 2024, les chercheurs connaissaient environ quinze inscriptions.

Les campagnes de mai et juin 2026 ont changé l’échelle du site : au moins 120 inscriptions latines sont désormais documentées, la plupart attribuées aux Ier et IIe siècles de notre ère.

Selon les universités d’Alicante et de Saragosse, Cova Dones pourrait devenir la grotte-sanctuaire possédant le plus grand ensemble d’inscriptions latines actuellement connu dans l’ancien Empire romain.

Chercheurs dans la Cova Dones lors des travaux de documentation
Photographie réelle des recherches dans Cova Dones. Source institutionnelle : Universidad de Alicante / équipe DONARQ. Visuel recadré pour la mise en page.
02
CINQ DÉDICACES

Au cœur des inscriptions apparaît une figure appelée simplement Domina, « la Dame »

Parmi les textes, cinq inscriptions ont attiré une attention particulière.

Ce sont des dédicaces votives adressées à une divinité féminine désignée par le mot latin Domina.

Le terme signifie « la Dame » ou « la Maîtresse ».

Il s’agit d’un titre respectueux, pas nécessairement du nom propre de la divinité.

Ce point est essentiel, car il serait tentant de parler immédiatement d’une « déesse inconnue nommée Domina ».

Les chercheurs sont plus prudents.

Ils savent qu’une même divinité a été honorée plusieurs fois dans cette zone de la grotte et que les fidèles la désignaient de manière révérencieuse comme « la Dame ».

Mais son identité exacte reste ouverte.

03
LE MOT QUI INTRIGUE LES ÉPIGRAPHISTES

MALACI apparaît trois fois, mais sa signification n’est pas encore tranchée

Trois des inscriptions contiennent un autre terme : MALACI.

Silvia Alfayé, professeure d’histoire ancienne à l’Université de Saragosse et spécialiste participant au projet, le décrit comme une invocation inédite liée à cette divinité.

L’équipe travaille encore sur la lecture et sur l’interprétation définitive.

Une possibilité évoquée est une relation avec l’eau.

Mais il faut résister à l’envie de transformer une piste en conclusion.

Nous ne savons pas encore si MALACI correspond à une épithète locale, à une forme linguistique particulière, à une caractéristique de la divinité ou à autre chose.

Le terme est précisément intéressant parce qu’il n’est pas encore résolu.

Inscriptions anciennes visibles sur une paroi de Cova Dones
Photographie réelle d’inscriptions dans Cova Dones. Source : Universidad de Alicante / équipe de recherche. Les marques visibles sur la roche font partie de l’ensemble étudié par les archéologues.
04
PAS DE SIMPLES GRAFFITIS ISOLÉS

La concentration des textes dans une zone précise indique un culte organisé

Une centaine de marques dispersées dans toute une grotte pourraient provenir de visiteurs sans lien entre eux.

Ce n’est pas ce que les archéologues observent ici.

Les inscriptions religieuses se concentrent dans une zone précise et délimitée, éloignée de l’entrée.

Pour Sergio García-Dils, spécialiste de l’épigraphie et des pratiques rituelles romaines impliqué dans le projet, ce regroupement confirme que nous ne sommes pas face à de simples visites occasionnelles à caractère vaguement religieux.

Le site correspond à un culte spécifique et organisé.

La salle n’était donc probablement pas seulement un endroit impressionnant de la grotte.

Elle avait une fonction.

Des personnes se rendaient volontairement jusque-là pour accomplir des gestes rituels et laisser des traces durables de leur passage.

05
L’EAU ET LES OFFRANDES

De petites vasques naturelles pourraient avoir joué un rôle dans les pratiques rituelles

Le sol de la salle contient de petites vasques naturelles, appelées gours, où l’eau des galeries souterraines peut s’accumuler.

Autour de cette zone, les archéologues ont identifié différents objets : deux anneaux, une parure ou bracelet, des récipients, des fusaïoles, des fragments de céramique, des restes animaux et d’autres éléments.

Ces découvertes s’ajoutent à une monnaie romaine mise au jour en 2024.

Cette association entre inscriptions, objets et eau est particulièrement intéressante.

Si l’hypothèse d’un lien entre MALACI et l’eau devait se confirmer, la topographie de la salle pourrait devenir un élément central de l’interprétation du culte.

Pour l’instant, le projet ne présente pas cette relation comme définitivement démontrée.

06
DES FEMMES AU CENTRE DU SANCTUAIRE

Les noms et les objets du quotidien dessinent une présence féminine inhabituelle

Les inscriptions recensées comportent plusieurs noms féminins.

À cela s’ajoute la présence de nombreuses fusaïoles.

Ces petits objets sont liés au filage. Dans l’Antiquité, le travail textile est fréquemment associé à l’univers féminin, même si une association culturelle ne permet évidemment pas d’identifier automatiquement le sexe de chaque personne ayant manipulé un objet.

Dans le contexte précis de Cova Dones, l’équipe envisage que des fuseaux aient pu être déposés en offrande.

Virginia Barciela, de l’Université d’Alicante, souligne que cet ensemble correspond aux indices épigraphiques montrant une participation active des femmes dans le sanctuaire.

Le site offre donc quelque chose d’assez rare : non seulement les traces d’un culte souterrain, mais peut-être une fenêtre directe sur la manière dont des femmes y prenaient part.

07
UNE GROTTE DÉJÀ EXTRAORDINAIRE AVANT ROME

Plus de 24 000 ans d’histoire humaine se superposent dans le même lieu

Le sanctuaire romain n’est qu’un chapitre de l’histoire de Cova Dones.

En 2023, une publication dans la revue scientifique Antiquity a présenté un ensemble majeur d’art paléolithique découvert dans la cavité.

Plus d’une centaine de peintures et de gravures ont été documentées, avec une ancienneté supérieure à 24 000 ans pour une partie de l’ensemble.

La découverte a placé Cova Dones parmi les sites importants de l’art paléolithique de l’est de la péninsule Ibérique.

Puis, en 2025, les recherches ont identifié plus d’une centaine de spéléofacts, c’est-à-dire des formations naturelles de la grotte modifiées intentionnellement par des humains préhistoriques.

Nous avons donc un même espace souterrain qui attire l’activité humaine à des périodes extrêmement éloignées les unes des autres.

Cela ne signifie pas qu’un même culte aurait traversé vingt-quatre millénaires.

Rien ne permet de soutenir une telle continuité.

Mais cela signifie que cette grotte a été perçue comme importante à plusieurs moments de l’histoire humaine.

Paroi et inscriptions documentées dans Cova Dones
Photographie réelle liée aux travaux archéologiques dans Cova Dones. Source institutionnelle : Universidad de Alicante / équipe de recherche. Aucun élément n’a été généré par IA.
08
POURQUOI DESCENDRE SI LOIN ?

La profondeur elle-même faisait peut-être partie de l’expérience rituelle

Une question simple reste ouverte : pourquoi installer un lieu de culte à plus de 200 mètres sous terre ?

Le monde romain disposait de temples, d’autels, de sanctuaires de plein air et de lieux de culte parfaitement accessibles.

Choisir une salle profonde dans une grotte implique une expérience différente.

Le parcours, l’obscurité, la roche, l’humidité, l’eau et la lumière artificielle pouvaient transformer la visite en geste rituel.

Il n’est pas nécessaire d’inventer un cérémonial précis pour comprendre que l’environnement faisait partie de l’expérience.

Une divinité liée aux profondeurs, à l’eau, à la fertilité, à la protection, à la guérison ou à un culte local pourrait trouver un cadre cohérent dans un tel lieu.

Mais aucune de ces identifications générales ne doit être appliquée mécaniquement à la Domina tant que les inscriptions n’ont pas livré davantage d’informations.

09
MALACI : DÉESSE, ÉPITHÈTE OU AUTRE CHOSE ?

Le mot le plus spectaculaire est aussi celui sur lequel il faut rester le plus prudent

Les reprises médiatiques parlent parfois déjà d’une « déesse Malaci ».

Les sources universitaires sont plus nuancées.

Elles décrivent MALACI comme une invocation ou une appellation inédite liée à la divinité appelée Domina et précisent que la lecture définitive est en cours.

Il existe donc plusieurs niveaux de certitude.

Nous savons que des inscriptions votives sont adressées à la Dame.

Nous savons que MALACI apparaît dans trois d’entre elles.

Nous savons que les spécialistes considèrent cette forme comme nouvelle et importante.

Nous ne savons pas encore exactement ce qu’elle signifie.

Dans un dossier comme celui-ci, le mystère ne gagne rien à être grossi artificiellement. Le terme tel qu’il est réellement documenté suffit largement à ouvrir une question passionnante.

10
LA PROCHAINE CAMPAGNE PEUT TOUT CHANGER

Une partie importante de la cavité et des inscriptions reste encore à étudier

Le projet n’est pas terminé.

L’Université d’Alicante indique qu’une grande partie de la cavité doit encore faire l’objet d’études détaillées et que de nombreuses inscriptions restent en cours de lecture.

Les futures campagnes peuvent donc modifier l’interprétation actuelle.

Une nouvelle dédicace pourrait donner un nom plus explicite à la divinité.

Une formule parallèle pourrait expliquer MALACI.

Un dépôt d’objets mieux conservé pourrait préciser les pratiques cultuelles.

Une datation plus fine pourrait montrer si le sanctuaire a fonctionné sur plusieurs générations ou s’il a connu différentes phases.

L’équipe prévoit également des mesures de conservation, la création d’un jumeau numérique et une meilleure documentation du vaste ensemble graphique de la grotte.

11
LA DAME ATTEND ENCORE SON NOM

Le plus fascinant est peut-être que la réponse se trouve déjà quelque part sur la roche

Les découvertes spectaculaires donnent souvent l’impression qu’un mystère vient d’être résolu.

Cova Dones produit l’effet inverse.

Plus les chercheurs documentent la grotte, plus son histoire devient profonde.

Art paléolithique.

Formations naturelles modifiées par des groupes préhistoriques.

Sanctuaire romain.

Cent vingt inscriptions.

Des offrandes.

Des noms féminins.

Une Dame.

Et ce mot, MALACI, répété sans que nous sachions encore exactement ce qu’il voulait dire pour ceux qui l’ont gravé.

Il ne faut pas imaginer une religion secrète intacte depuis la préhistoire, ni transformer un terme épigraphique en nom de déesse avant que les spécialistes aient achevé leur travail.

Le dossier est déjà suffisamment étrange tel qu’il est.

Des hommes et des femmes descendaient volontairement dans cette salle sombre pour y laisser une trace de leur relation avec une divinité.

Deux mille ans plus tard, nous savons qu’ils venaient rencontrer symboliquement « la Dame ».

Nous ne savons toujours pas qui elle était.

Et avec des dizaines d’inscriptions encore en cours d’étude, il est possible que la réponse soit déjà là, gravée sur un mur que nous commençons seulement à savoir lire.

Sources principales et documentation


  1. UNIVERSIDAD DE ALICANTE, 27 JUILLET 2026 : publication institutionnelle détaillant les 120 inscriptions, Domina, MALACI, la participation féminine, les objets et le contexte du sanctuaire

  2. UNIVERSIDAD DE ZARAGOZA, 27 JUILLET 2026 : résultats préliminaires de la campagne 2026 et interprétation du sanctuaire souterrain

  3. UNIVERSIDAD DE ALICANTE, 30 JANVIER 2025 : annonce du sanctuaire romain, des premières inscriptions et de la monnaie de l’empereur Claude

  4. ANTIQUITY, volume 97, issue 396 : publication scientifique de 2023 présentant Cova Dones comme un site majeur d’art paléolithique de l’est de la péninsule Ibérique

Fin du dossier