DOSSIER VIVANT Non résolu 0 mises à jour Veille active
La dernière trace certaine reste le 15 avril 2011
Le dossier commence par une date qu’aucune des nouvelles pistes n’a encore réussi à dépasser de façon certaine : le 15 avril 2011.
Le 21 avril 2011, les corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de ses quatre enfants, Arthur, Thomas, Anne et Benoît, sont découverts enterrés sous la terrasse de la maison familiale à Nantes. Xavier Dupont de Ligonnès a déjà quitté la ville. Il devient le principal suspect, mais il n’a jamais été jugé et demeure juridiquement présumé innocent.
Son trajet est reconstitué jusqu’à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var. Les images de vidéosurveillance liées à son passage dans le secteur constituent toujours, en 2026, la dernière trace de vie officiellement authentifiée et rendue publique.
Depuis, les enquêteurs ont reçu plus de 1 850 signalements. Aucun n’a permis d’établir une nouvelle trace certaine.
C’est précisément ce verrou chronologique que la piste Epsilon pourrait, en théorie, faire sauter.

Epsilon, un compte créé avant la disparition et actif six ans après
La piste a été rendue publique au printemps 2026 à la suite d’une enquête de Ouest-France, largement reprise par plusieurs médias.
Le point de départ est particulier. Avant sa disparition, Xavier Dupont de Ligonnès fréquentait un forum consacré à la théologie catholique. Les enquêteurs lui ont attribué l’utilisation de pseudonymes dont « Chevy » et « LIGO ». Le dernier message connu sous LIGO remonte au 8 avril 2011.
Or un autre compte du même univers, « Epsilon », avait été créé le 2 juillet 2010. Il reste actif bien après avril 2011, jusqu’en août 2017.
RTL rapporte que les journalistes qui ont étudié le compte ont relevé plusieurs habitudes d’écriture proches de celles attribuées à Xavier Dupont de Ligonnès : certains mots placés en majuscules, des guillemets utilisés d’une manière particulière et des sujets religieux communs.
Le Dauphiné rapporte également des similitudes syntaxiques et orthographiques ainsi que des références bibliques rares.
Ces rapprochements sont suffisamment précis pour justifier une question. Ils ne suffisent pas à produire une réponse.
La pause de 122 jours qui commence le jour de sa disparition
Parmi les éléments mis en avant, un détail chronologique attire particulièrement l’attention.
Selon les informations publiées en juin 2026, Epsilon cesse de publier pendant 122 jours à partir du 15 avril 2011.
C’est exactement la date correspondant à la dernière trace certaine de Xavier Dupont de Ligonnès à Roquebrune-sur-Argens.
Pris isolément, ce silence peut parfaitement être une coïncidence. Des internautes cessent de publier pendant des semaines ou des mois pour d’innombrables raisons.
Mais lorsque cette pause est ajoutée à la création du compte avant la disparition, à son activité sur le même forum, aux ressemblances stylistiques et aux thèmes communs, elle donne à l’ensemble une cohérence suffisamment inhabituelle pour mériter une vérification technique.
C’est là que la piste devient plus intéressante qu’un simple signalement visuel.

Écrire de la même manière ne signifie pas être la même personne
La stylométrie étudie les habitudes d’écriture : choix lexicaux, ponctuation, longueur des phrases, syntaxe, répétitions, tics typographiques ou structures argumentatives.
Elle peut être très utile lorsqu’elle repose sur des corpus suffisants et qu’elle est confrontée à d’autres données.
Mais dans une affaire aussi médiatisée, un risque particulier existe : voir une empreinte individuelle là où il peut aussi exister un style de communauté, un vocabulaire religieux partagé ou des habitudes typographiques communes à une époque et à un forum.
Le journaliste Arnaud Wajdzik a lui-même formulé la prudence essentielle : l’enquête ne dit pas qu’Epsilon est Xavier Dupont de Ligonnès. Elle constate qu’un internaute a écrit d’une manière jugée proche jusqu’en 2017.
Cette nuance change tout.
Pour franchir le seuil entre « troublant » et « identifié », il faudrait idéalement une convergence avec des données techniques : historiques de connexion, adresses IP exploitables, appareils, lieux, informations personnelles inconnues du public ou autres traces indépendantes.
Pourquoi la justice a décidé de vérifier la piste
Le 4 juin 2026, le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, confirme publiquement que le juge d’instruction fera procéder aux vérifications nécessaires concernant l’internaute ayant continué à s’exprimer jusqu’en août 2017 sur ce forum.
Cette décision est importante pour une raison précise : la piste n’est plus seulement une hypothèse discutée par des internautes ou des journalistes.
Elle entre dans le champ des vérifications judiciaires.
Le Dauphiné rapporte que les messages et les données techniques disponibles autour du compte doivent être examinés. Le procureur rappelle cependant que ces vérifications s’inscrivent dans une enquête ayant déjà reçu un très grand nombre d’informations de toutes provenances, jusqu’ici sans succès décisif.
Au 1er septembre 2026, aucune annonce publique n’établit que le compte Epsilon appartenait à Xavier Dupont de Ligonnès.
La situation exacte est donc la suivante : piste officiellement vérifiée, identité non établie.
Texas : un appel à témoins authentique, mais aucune observation confirmée
Quelques mois avant Epsilon, l’affaire avait déjà connu un nouveau regain aux États-Unis.
En mars 2026, le bureau du shérif du comté de Brewster, au Texas, lance un appel au public concernant Xavier Dupont de Ligonnès. La démarche est réelle et documentée.
Le shérif explique avoir été contacté par une équipe d’enquête privée comprenant un ancien policier lié au dossier français. Il apprend alors que Xavier Dupont de Ligonnès avait déjà voyagé dans le comté de Brewster et aurait dit apprécier particulièrement cette région.
Mais le communiqué local ajoute immédiatement la limite essentielle : le bureau du shérif ne dispose alors d’aucune nouvelle preuve ni information et précise qu’aucune observation de Xavier Dupont de Ligonnès n’a été confirmée dans le comté de Brewster ou dans l’ouest du Texas.
L’ancien policier Gilles Galloux défend néanmoins publiquement l’idée qu’une piste américaine n’aurait pas été suffisamment explorée.
Cette hypothèse reste ouverte. Elle n’est pas démontrée.
Éditions Fractales avait déjà classé la piste texane comme « NON RÉSOLUE » dans son enquête consacrée à Anne Tuffigo. Le nouvel élément Epsilon justifie cette fois un dossier autonome, car il repose sur une trace numérique créée avant la disparition et désormais soumise à des vérifications.

Le faux prêtre de M6 rappelle pourquoi chaque révélation doit être testée
L’affaire Dupont de Ligonnès produit régulièrement des récits spectaculaires.
En juin 2026, lors d’une émission d’« Appel à témoins » sur M6, un homme présenté comme prêtre affirme avoir recueilli en 2022 les confidences d’une personne qu’il identifiait comme Xavier Dupont de Ligonnès.
Le récit provoque immédiatement un nouvel emballement.
Il est ensuite présenté comme un faux témoignage. Ouest-France rapporte que l’Arcom a annoncé vouloir examiner la séquence afin d’évaluer les obligations de la chaîne.
Cet épisode ne prouve rien sur Epsilon. Il montre autre chose : dans cette affaire, l’intensité d’un récit ne prédit pas sa solidité.
C’est précisément pourquoi la piste numérique mérite un traitement différent. Son intérêt ne vient pas d’un témoin déclarant « je l’ai reconnu », mais d’un ensemble de traces potentiellement analysables et confrontables à des données anciennes.
Qu’est-ce qui pourrait réellement prouver une vie après avril 2011 ?
Pour transformer Epsilon en preuve de vie, une simple ressemblance linguistique ne suffirait pas.
Il faudrait une donnée capable de relier l’activité postérieure à 2011 à Xavier Dupont de Ligonnès lui-même.
Une adresse IP peut être utile si elle est authentifiée, datée et reliée à un lieu ou à un accès connu. Un appareil identifié peut renforcer une chronologie. Une information personnelle non publique peut devenir très significative si elle est antérieure à sa révélation. Une photographie doit être authentifiée. Une donnée biométrique ou ADN aurait une valeur encore différente.
Le niveau le plus convaincant serait une convergence de plusieurs traces indépendantes.
C’est aussi ce qui rend la piste Epsilon intéressante en 2026 : si les anciennes données existent encore et sont techniquement exploitables, elles peuvent être testées. Mais si elles ont disparu, si elles sont ambiguës ou si elles conduisent à une autre personne, la ressemblance stylistique restera un mystère sans identité.

Au 1er septembre 2026, Epsilon ouvre une porte sans la franchir
La tentation serait forte d’écrire qu’un compte actif jusqu’en 2017 « prouve » que Xavier Dupont de Ligonnès a survécu à sa disparition.
Les données publiques ne permettent pas d’aller jusque-là.
Ce que nous avons est plus subtil : un compte créé avant les faits, dans le même environnement numérique, avec des ressemblances d’écriture signalées, une chronologie troublante et une activité poursuivie six ans après 2011. Surtout, cette piste a été jugée suffisamment sérieuse pour que le parquet confirme des vérifications.
Ce que nous n’avons pas est l’élément qui ferme le cercle : une identification technique ou judiciaire d’Epsilon comme Xavier Dupont de Ligonnès.
La dernière trace de vie certaine reste donc officiellement celle du 15 avril 2011.
Mais pour la première fois depuis longtemps, la question n’est peut-être plus seulement « où aurait-il été vu ? ».
Elle devient : quelqu’un a-t-il déjà laissé, sous nos yeux, une trace numérique exploitable de ce qui s’est passé après le 15 avril 2011 ?
Sources judiciaires, journalistiques et pistes de lecture
- PARQUET DE NANTES / LE DAUPHINÉ : confirmation des vérifications judiciaires sur le compte Epsilon, 4 juin 2026
- RTL : présentation de la piste Epsilon, chronologie et marqueurs stylistiques relevés, juin 2026
- KOSA / FIRST ALERT 7 : appel à témoins du bureau du shérif du comté de Brewster et absence de signalement confirmé, mars 2026
- LE DAUPHINÉ : entretien avec l’ancien enquêteur Gilles Galloux sur l’hypothèse américaine, 5 juin 2026
- OUEST-FRANCE / PROGRAMME TV : faux témoignage du prétendu prêtre et examen annoncé par l’Arcom, 4 juin 2026
- ACTU FORCES DE L’ORDRE : état des principales pistes en août 2026 et absence de trace de vie authentifiée après le 15 avril 2011
- ÉDITIONS FRACTALES : dossier Anne Tuffigo, où la piste texane XDDL était déjà classée NON RÉSOLUE


