Ce qui vient de tomber n’est pas un nouveau survol. C’est la mise au jour d’un dossier entier.
La nouveauté n’est pas qu’un drone aurait été observé cette semaine.
Elle est plus vaste.
Pendant plus de deux ans, des exploitants de sites nucléaires américains ont transmis à la Nuclear Regulatory Commission des signalements d’appareils évoluant au-dessus ou à proximité de leurs installations.
Ces dossiers existaient séparément.
Ils viennent d’être regroupés.
Soixante-sept entrées.
Vingt-huit sites.
Dix-sept États.
Des centrales nucléaires en activité.
Des installations de stockage de combustible usé.
Un site produisant du matériau destiné aux réacteurs nucléaires de la marine américaine.
Et au bout de chacune de ces lignes, le même statut administratif :
Closed Unresolved.
Clôturé sans résolution.
Ce seul libellé ne signifie pas que personne, dans aucune agence, n’a jamais appris quoi que ce soit par la suite.
Mais il signifie quelque chose de précis : dans la collection rendue publique, l’affaire ne se termine pas par une identification finale de l’appareil.
Et lorsque cela se répète 67 fois autour de sites nucléaires, la question change d’échelle.

Un triangle, deux appareils plus petits et des mouvements en zigzag.
Le dossier de Surry est probablement le plus spectaculaire.
La centrale se trouve en Virginie, à une trentaine de kilomètres de Joint Base Langley-Eustis.
Le 10 décembre 2024, des agents rapportent plusieurs aéronefs autour des installations de sécurité, de bâtiments administratifs et d’une zone de tir.
Un appareil reste un moment à faible altitude.
Puis ses lumières semblent disparaître.
Plus tard, un autre objet apparaît.
Plus grand.
L’un des agents le décrit comme un drone d’apparence solide et triangulaire.
Un troisième appareil est observé à proximité.
Puis le rapport décrit une scène étonnante : deux objets plus petits évolueraient latéralement autour du plus grand, selon un mouvement en zigzag opposé.
Les trois partent ensuite vers l’est-nord-est avant de disparaître.
Rien, dans les documents publics, ne permet d’en déduire l’origine.
Mais à ce stade, le mot « drone » ne répond déjà plus à la question essentielle.
Quel drone ? Piloté par qui ? Et dans quel but ?

Puis le radar entre dans l’histoire, et un appareil passe au-dessus des réacteurs.
Deux jours plus tard, le 12 décembre, un agent de sécurité hors service observe un drone près d’un point de contrôle.
La centrale contacte Fort Eustis.
Selon le rapport de la NRC, la tour de contrôle confirme alors que le drone apparaît au radar à environ 300 pieds d’altitude.
C’est un détail important.
Nous ne disposons pas publiquement de la trace radar elle-même.
Le rapport ne permet donc pas d’identifier l’appareil.
Mais il ne s’agit plus seulement, dans ce cas précis, d’une lumière perçue par une seule personne.
Quelques jours plus tard, le 17 décembre, un autre appareil franchit la zone protégée et passe au-dessus des deux bâtiments de confinement des réacteurs.
Fort Eustis indique qu’aucune activité de drone militaire n’est signalée dans le secteur.
Encore une fois, aucune conclusion spectaculaire ne peut être tirée.
Mais le problème de sécurité est évident.
Un appareil inconnu a survolé deux structures nucléaires sensibles.
Et le dossier rendu public ne dit pas qui le contrôlait.
Petites voitures, forme en V, rectangles noirs : les descriptions changent d’un site à l’autre.
Le plus déroutant dans les 67 rapports est leur diversité.
À Hope Creek, dans le New Jersey, des agents estiment que deux appareils observés le 13 décembre 2024 ont une taille comparable à celle de petits véhicules.
Le lendemain, trois drones sont signalés dans la zone protégée.
Un appareil plus grand stationne près de la tour de refroidissement avant de rejoindre deux objets plus petits au-dessus de l’unité.
Le rapport indique que le FBI ouvre une enquête.
Aucun résultat ultérieur n’apparaît dans le document publié.
À Millstone, dans le Connecticut, sept drones sont signalés le 14 décembre.
Quelques heures plus tard, un autre appareil apparaît près de l’installation de stockage du combustible usé.
Les agents le décrivent comme un engin en forme de V d’environ cinq pieds, soit environ 1,50 mètre de large.
Il passe ensuite au-dessus du bâtiment du réacteur de l’unité 2 avant de partir vers la baie.
En Louisiane, River Bend concentre à lui seul dix des 67 rapports.
Le 6 janvier 2025, environ cinq appareils noirs et rectangulaires sont observés à une trentaine de mètres au-dessus du bâtiment réacteur.
Aucune lumière n’est signalée.
Ce ne sont pas forcément les mêmes objets.
Ce n’est peut-être même pas le même phénomène.
Mais ils partagent un point commun.
Ils apparaissent là où ils ne devraient pas être.

Certains récits contiennent des détails impossibles à réduire à un simple point lumineux.
À Haddam Neck, ancienne centrale du Connecticut devenue site de stockage de combustible usé, quatre drones sont signalés le 27 mars 2025.
L’un est plus grand que les trois autres.
Ils tournent autour du périmètre et à l’intérieur de celui-ci.
Deux heures plus tard, ils sont encore là.
Le lendemain, un appareil d’une taille estimée comparable à une table pliante vole au-dessus du site.
Il part vers l’ouest.
Puis inverse sa direction.
Les agents coupent alors l’éclairage du site.
Le rapport consigne cette phrase :
lorsque le site a éteint ses lumières, le drone a fait de même.
À Clinton, dans l’Illinois, un autre appareil est perdu de vue lorsque ses lumières semblent s’éteindre près d’un pont.
À Diablo Canyon, en Californie, un objet décrit comme doté de petites ailes et de plusieurs lumières ambrées passe plusieurs minutes dans la zone protégée.
Un agent le décrit comme extrêmement silencieux, sans le bourdonnement habituel attendu.
Pris séparément, chacun de ces détails peut avoir une explication banale.
Pris ensemble, ils dessinent surtout un problème très concret :
des agents voient des appareils qu’ils ne parviennent pas à identifier ni à attribuer.
Des drones apparaissent aussi au-dessus d’un site lié aux réacteurs nucléaires de la marine américaine.
Le 23 mai 2025, quatre drones sont signalés au-dessus de Nuclear Fuel Services, dans le Tennessee.
L’installation produit du matériau destiné aux réacteurs nucléaires utilisés par la marine américaine.
Sous-marins.
Porte-avions.
Le rapport précise que les appareils montrent des feux de navigation.
L’un d’eux est estimé à environ dix pieds sur dix, soit approximativement trois mètres sur trois, et décrit comme un engin rotatif.
Une vérification vidéo montre qu’un appareil similaire avait déjà traversé le site quelques jours plus tôt.
D’autres observations suivent début juin.
Ici encore, il faut résister à la tentation de fabriquer un lien unique.
Un drone de renseignement étranger, un appareil civil, un test clandestin et un phénomène aérien non identifié peuvent produire des récits très différents.
Les rapports publiés ne permettent pas de choisir.
Mais la répétition sur des sites à haute valeur stratégique explique pourquoi le sujet dépasse largement la simple curiosité ufologique.
L’Inspector General de la NRC avait déjà ouvert une revue de sécurité.
Un document officiel permet de mesurer l’ampleur institutionnelle du problème.
Dans son rapport semi-annuel couvrant avril à septembre 2025, l’Office of Inspector General de la NRC consacre une section entière aux « Unauthorized Unmanned Aerial Vehicles at Licensee Facilities ».
Le texte rappelle que les installations nucléaires commerciales sont des cibles potentielles d’espionnage et d’actions hostiles.
Puis il donne un chiffre.
Entre le 10 août 2024 et le 11 janvier 2025 seulement, les exploitants ont transmis 34 rapports d’activité suspecte impliquant des drones non autorisés.
Le volume avait suffisamment augmenté pour que l’Inspector General lance une revue proactive.
Le rapport ajoute cependant une limite révélatrice : une grande partie des détails concernant la réponse réglementaire et sécuritaire est considérée comme sensible au regard de la sécurité nationale.
Nous savons donc qu’un problème a été reconnu.
Nous savons qu’il a déclenché une revue.
Mais une partie de la réponse reste précisément dans la zone que le public ne voit pas.

Mais relier automatiquement les drones nucléaires aux incursions militaires serait aller trop vite.
Surry se trouve à environ vingt miles de Langley.
Cette proximité est impossible à ignorer.
En décembre 2023, des drones non identifiés avaient survolé la zone de Langley pendant dix-sept jours.
L’affaire avait été suffisamment sérieuse pour perturber l’activité des F-22 et provoquer des discussions au plus haut niveau.
En avril 2025, une audition du Congrès a encore cité Langley comme l’un des exemples majeurs du problème national des drones non autorisés.
Mais il faut maintenir une frontière nette.
Des relevés PHALANX distincts effectués autour de Langley en décembre 2024 ont identifié plusieurs modèles commerciaux connus, notamment des DJI et un Skydio.
Et les documents rendus publics ne relient aucun appareil observé à Surry à un appareil détecté à Langley.
Même mois.
Même région.
Deux ensembles de données.
Aucun pont démontré entre les deux.
C’est frustrant.
Mais c’est précisément là que doit rester l’enquête.
Le mot est spectaculaire. Sa signification doit rester précise.
Voir 67 fois le même statut donne immédiatement l’impression que 67 mystères absolus ont été abandonnés.
La réalité est plus nuancée.
La collection comporte aussi des signalements jugés non suspects.
À Rancho Seco, par exemple, une trajectoire a été considérée comme ne présentant pas de caractère inquiétant.
À Quad Cities, des observations ont également été évaluées de cette manière.
Par ailleurs, certaines descriptions indiquent qu’un examen interne était encore en cours alors même que la ligne affichait « Closed Unresolved ».
Les documents n’expliquent pas clairement cette contradiction administrative.
Et surtout, ce statut ne dit pas ce que le FBI, la FAA ou les polices locales ont éventuellement établi de leur côté par la suite.
Autrement dit :
« Closed Unresolved » n’est pas synonyme de « extraterrestre ».
Mais ce n’est pas non plus synonyme de « expliqué ».
Pour le public, l’identification finale manque.
Peut-être plusieurs réponses différentes. Et c’est justement ce qui rend le dossier si difficile.
Il serait probablement faux de chercher une seule explication aux 67 rapports.
Certains appareils peuvent être des drones civils.
D’autres des vols maladroits ou illégaux.
D’autres encore peuvent relever de l’espionnage, de la reconnaissance ou de tests cherchant à mesurer les réactions de sécurité.
Des opérations américaines non divulguées restent également une possibilité théorique.
Et dans quelques cas, les caractéristiques rapportées suffisent à maintenir ouverte la catégorie la plus inconfortable :
nous ne savons pas encore ce que c’était.
Ce dossier ne démontre aucune présence non humaine.
Il montre autre chose.
Pendant plus de deux ans, des objets capables de pénétrer ou de longer des périmètres nucléaires sensibles ont été observés à travers une grande partie des États-Unis.
Des forces de sécurité ont appelé la police.
Le FBI.
La FAA.
Des contrôleurs militaires.
Parfois un radar a confirmé une présence.
Parfois les appareils ont disparu.
Et lorsque les documents sont enfin réunis, la ligne de clôture reste la même.
Non résolu.
La bonne question n’est donc peut-être pas encore « d’où viennent-ils ? ».
Elle est plus simple.
Pourquoi ne savons-nous toujours pas qui les envoie ?
Sources principales et documentation
- Liberation Times, 7 octobre 2026 : enquête fondée sur 67 rapports obtenus auprès de la NRC par FOIA
- U.S. Nuclear Regulatory Commission : Drones and Nuclear Power Plant Security, cadre officiel de signalement et de sécurité
- NRC Office of Inspector General : rapport semi-annuel 2025, section Unauthorized Unmanned Aerial Vehicles at Licensee Facilities
- U.S. House hearing, 29 avril 2025 : Securing the Skies, activité de drones non autorisés au-dessus d’installations militaires sensibles et affaire Langley
- UFO Soldier, 8 octobre 2026 : vérification indépendante de l’entrée NRC de Byron et du statut Closed Unresolved



